La Danse Macabre est un véritable sermon, une leçon d'égalité devant la mort. Un défilé de couples composés d'un mort nu, parfois drapé d'un linceul et d'un vivant repu et bien vêtu. Dans la plupart des cas, les femmes en sont exclues, mais à la Chaise-Dieu, on peut en voir deux.
Nul n'y échappe et cette égalité devant la mort rassure. Les richesses, les honneurs et la gloire ne sont rien au moment du trépas. Elle expose aussi bien le Pape, le plus haut dignitaire à l'époque médiévale, que le médecin, l'astrologue, le moine, le prêtre, la bergère, le laboureur ou l'enfant.
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Comme pour le jour du Jugement Dernier, ce sont les plus grands qui ouvrent la marche. N’auraient-ils pas plus à se faire pardonner ?
Le Livre de la Sagesse proclame que les rois seraient jugés plus sévèrement, quant à Saint augustin, il prévient l’humble de ne pas concevoir trop d’orgueil à l’idée de gagner le paradis.
Dans son message de justice adressé au monde, Le Christ n’a-t-il pas annoncé : "les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers". Dieu accueille et pardonne à quiconque vient à lui par la foi en Jésus. C’est la promesse d’une vie nouvelle et éternelle. C’est aussi une grande leçon de morale où les hommes seront jugés en fonction de leurs actes, non en fonction de leurs honneurs ou de leur rang.
- Dans le premier panneau de la fresque sont présents : le pape, l'empereur, le légat, le roi, le cardinal, le connétable, l'abbé-mitré, le chevalier.
- Dans le second panneau : une zone effacée,
l'abbé, le bourgeois, la chanoinesse, le marchand, la moniale,
le sergent à verge, le chartreux.
- Dans le troisième panneau : le damoiseau, le médecin, le ménestrel, le clerc théologien, le laboureur, le moine, l'enfant et le novice.
La fresque se termine par un cadavre non accompagné. Il fait comprendre que la liste est encore longue... Le prochain, c'est peut-être nous....
Les textes de plusieurs "danses Macabres" ont conservé les paroles du prêcheur :
En ce miroir chacun peut lire
Que lui convient ainsi danser.
Sage est celui qui bien s'y mire
Le mort le vif fait avancer :
Tu vois les plus grands commencer
Car il n'est nul que mort ne fière (frappe)
C'est piteuse chose y penser
Tout est forgé d'une matière.
Dans le bas de la fresque avait été prévu un texte d'accompagnement qui n'a jamais été écrit.
Un examen minutieux des costumes (les pourpoints, armures, parures), permet de situer la date d'exécution de l'uvre vers 1430/1440. Depuis 1841 avec l'étude d'Achile Jubinal, les personnages de cette fresque avaient été affublés de chauses dit "à la poulaine". L'usage des "poulaines" (chaussures à longues pointes relevées), que porteraient les personnages présents sur la fresque, disparaît à partir de 1480. A part l'amoureux, les autres personnages ne sont pas pourvus de ce vêtement. Il semble plus probable que les costumes des personnages datent de l'époque de Jeanne D'Arc. Ce serait donc sous le règne de Charles VII et sous l'abbatiat de Hugues de Chauvigny de Blot (abbé de 1420 à 1465) qu'aurait été réalisée cette uvre. L'auteur nous reste inconnu.
La fresque de la Danse Macabre de l'abbaye de la Chaise Dieu pourrait donc être la plus ancienne représentation de ce type encore visible en France.
La plus célèbre édition est celle de Guyot Marchand imprimée en 1485. Dans le prologue de l'édition de 1486, il nous la présente :
"La Danse Macabre sappelle
Que chacun à danser apprant
A lhomme et femme est naturelle
Mort nespargne petit ne grant".
Elles représentent toute une série de couples, au nombre variable, dont l'un des personnages est la mort sous la forme d'un squelette ou d'une momie que l'on nomme "transi" et l'autre un vivant symbolisant les différents statuts de la société, placés suivant un ordre hiérarchique. Elles sont le plus souvent accompagnées, sous le dessin, d'un texte sous forme de quatrain, représentant le dialogue entre le mort et le vivant. Mais il est nul besoin de savoir lire, l'image se suffi à elle même.
La "Danse Macabre" est le parfait symbole de l'égalité des hommes face à la mort.
Comme pour les autres Danses Macabres de France mais aussi d'Europe, celle de l'abbaye de la Chaise-Dieu est une représentation hiérarchique de la société médiévale. Elle présente les personnages du plus grand au plus petit. Le message est le même, nul n'échappe à la mort. Pourtant, dans l'abbaye de la Chaise-Dieu, elle présente quelques particularités qui en font une représentation unique.
Dans ces hautes terres du Livradois, aux confins de l'Auvergne et du Velay, dans une abbaye où nombre de pèlerins se sont retrouvés durant des siècles, le message universel, "l'âme d'un puissant vaut bien celle d'un humble" , prend alors tout son sens.
• Etymologie
L'étymologie développée par C. Lenient viendrait de Saint Macaire que le peuple aurait corrompu en macabrée ou macabée puis macabre. La légende veut que St Macaire rencontrant trois jeunes nobles leur montre ce qu'ils seront bientôt : trois morts. Il s'agit d'un conte moral connu sous le nom du "dit des trois morts et des trois vifs" .
Le Sieur Du Cange voit l'origine de ce terme issue de Chorea Macha Boerum, une danse pieuse exécutée par des religieux dans laquelle les danseurs sortaient tour à tour pour exprimer l'idée que chacun sort tour à tour de la vie. Aucune de ces hypothèses n'est plus vraisemblable qu'une autre.
• Bibliographie
• A. Jubinal, Explication de la Danse des Morts de la Chaise-Dieu, Paris Callamel,1841. • C. Lenient, la satire en France au Moyen-Âge, 1893. • L.J Edmond Durand, La Chaise-Dieu, Paris 1903. • L. Giron, Les peintures murales de la Haute-Loire, 1911. • A. Brunereau, La danse macabre de la Chaise-Dieu, 1912. • Jérôme Doucet, les chaussures d’antan, Paris 1913. • C. Enlart, Manuel d’archéologie française, vol.3, Paris, 1916. • A. Vicard, Les fantômes d’une danse macabre, le Puy, 1918. • J. Langlade, L’abbaye de la Chaise-Dieu, Brioude 1923. • G. Paul, L’abbaye bénédictine de la Chaise-Dieu, 1926. • Adrien Harmand, Jeanne d'Arc, ses costumes, son armure Librairie Ernest Leroux, 1929. • J. Lespinasse et L. Grand, L’abbaye de la Chaise-Dieu, le Puy. • C. & P. Boissé, La danse macabre de la Chaise-Dieu, Brioude, 1983. • J. Saugnieux, Les danses Macabres de France et d’Espagne, Paris, 1966. • P.R Gaussin, L’abbaye de la Chaise-Dieu, Edit. Almanach de Brioude, 1967. • Père Marie-Bernard, La danse macabre de la Chaise-Dieu dans son contexte artistique et religieux, La Chaise-Dieu, 1992. • Georges Duby, Saint Bernard, L'art cistercien, Flammarion. • Jacques Le Goff, Le Dieu du Moyen Âge, Bayard 2003.
Un ouvrage sur la Danse Macabre de l'abbaye
de la Chaise-Dieu associé à un CD ROM, est disponible. Le
CD ROm peut être vendu séparemment. Si vous êtes intéressé
par cet ouvrage ou le CD ROM, contactez l'auteur, Patrick ROSSI, en utilisant
le formulaire dans la rubrique "contacts". Par avance, Merci...